Une école de mode sans les paillettes - Le Monde

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A La Fabrique, les étudiants disposent d'un FabLab pour développer leurs projets.


Via Le monde

 

Chaque année, c’est la même histoire. Des dizaines de milliers de jeunes (des filles, surtout) rêvent de travailler un jour dans le monde de la mode. La plupart s’imaginent, à la fin de leurs études, devenir créateurs (créatrices), directeurs (-trices) de collection, responsables marketing… Résultat, les écoles de mode (privées et payantes) se multiplient un peu partout, et font le plein d’inscrits.

Il faut bien dissiper une illusion : souvent, trop souvent, c’est la déception qui est au bout. Car si ces études coûtent cher, les débouchés sont rares à la sortie. Ou alors, ce ne sont pas ceux qui étaient escomptés…

Des emplois dans le secteur de la mode et de l’habillement, il en existe pourtant, et ils sont nombreux. Mais plutôt que dans la création, le stylisme ou le marketing, on les trouve bien davantage dans la fabrication, les process industriels, la distribution… Que ce soit au sein des grandes marques de luxe ou chez les principaux noms de l’habillement, voire dans les start-up. Ou même chez de grands distributeurs comme Carrefour ou Leclerc.

 

« Du prototype au magasin »

C’est sur ce créneau qu’est positionnée une école pilotée par la CCI de Paris-Ile-de-France, « La Fabrique », école spécialisée dans les métiers techniques de la mode et de la décoration. « Beaucoup de jeunes sont attirés par le côté « paillettes » des métiers de la mode, observe Chantal Fouqué, la directrice de l’école. C’est une vision erronée. Même dans le marketing de la mode, on se heurte vite à un plafond de verre. Le bon choix de carrière, aujourd’hui, c’est le « retail » et la fabrication. Les maisons du luxe comme Chanel ou Saint-Laurent et les grandes marques d’habillement (comme Agnès B ou Kenzo) ont besoin de compétences pour encadrer la production. Avec des postes d’acheteur, de sourceur, de responsable qualité, de façonnier, de directeur de production… C’est un ensemble de métiers qui permettent de passer du prototype au magasin, et qui exigent des connaissances techniques. Des métiers où l’on travaille en liaison étroite avec la direction artistique, et que la plupart des jeunes ignorent. »

Une école, trois filières

Créée en 2013, La Fabrique est le fruit de la fusion de trois établissements consulaires : l’ESIV (Ecole supérieure des industries du vêtement), les ateliers Grégoire (décoration et aussi maroquinerie, avec Ferrandi) et le merchandising issu de Négocia. Les enseignants sont, pour la plupart, des professionnels de haut niveau, le plus souvent titulaires d’un CAP, et forts d’une longue expérience dans les grandes maisons.

Une apprentie du programme ESIV/Mode spécialisation maille en plein travail

 

L’école propose ainsi à ses quelque 350 élèves et apprentis – auxquels s’ajoutent plus de 800 stagiaires en formation continue – des cursus dans trois domaines : l’habillement et la mode (avec notamment une spécialisation « maille », offrant des débouchés dans la lingerie ou le maillot de bain), la maroquinerie et le merchandising. Des cursus alliant théorie et pratique : « En mode-habillement, nos étudiants de 1ère année font de la coupe ou de la couture. Cela leur permet de connaître parfaitement le produit, et d’être d’emblée opérationnels dans l’entreprise », souligne Chantal Fouqué. A la clé, des diplômes allant du CAP au niveau master (bac + 5), et conduisant à une large gamme de métiers. 

 

Des places disponibles en apprentissage

Certes, ces cursus ne sont pas donnés. A La Fabrique, l’année de formation coûte autour de 8.000 euros. Mais ce coût est à relativiser, car dès la 2ème année, les élèves peuvent partir en apprentissage : ils ne paient plus de frais de scolarité, et perçoivent en outre un salaire. De quoi changer radicalement l’équation financière… Et surtout, ils sont quasiment assurés de décrocher un emploi à la sortie. Le programme master « habillement » de La Fabrique affiche ainsi une insertion professionnelle de l’ordre de 95 % à six mois après le diplôme. « Les plus grandes maisons de luxe viennent recruter à la sortie », assure la directrice. Or il reste des places en apprentissage…

Même insertion très positive aussi pour les autres programmes. L’école, il est vrai, bénéficie d’une solide reconnaissance auprès des professionnels du secteur. Sans compter que le soutien de la CCI apporte une garantie de qualité de la formation.

La machine « circulaire chaussant »

 

Des machines à la pointe de la technologie

La Fabrique dispose en outre d’un outil d’enseignement sans équivalent dans l’Hexagone. Avec, sur 5.000 mètres carrés, une quinzaine d’ateliers équipés de machines dernier cri : imprimante de grande taille pour « patrons », table à découpe numérique (coût : autour de 100.000 euros), machine « circulaire chaussant » pour le tricotage (coût : 50.000 euros)… Des équipements financés notamment par la Région et les OPCA. Pour le merchandising, on trouve à l’école une rue commerçante interne, avec des vitrines sur lesquelles les élèves s’exercent. Un « fab lab » est également à leur disposition. « Nous tenons à rester en pointe sur les nouvelles technologies, sans perdre de vue les méthodes traditionnelles, indique Chantal Fouqué. En maroquinerie, par exemple, nous enseignons aussi bien le « piqué machine » que le « cousu main » ».

Chantal Fouqué devant une table à découpe numérique de grande dimension

 

A  l’écoute des dernières tendances

Autre atout de l’école, elle se tient constamment à l’écoute des dernières évolutions des métiers : industrie 4.0, impression 3 D, vêtement connecté, merchandising « cross-canal » (permettant de coordonner site Internet et boutiques), responsabilité sociale… La Fabrique a par exemple monté une formation d’une semaine dédiée au textile connecté, et financée par Opcalia. L’école s’est également doté d’un « observatoire de la fashion tech », qui publie une note de veille stratégique sous forme de lettre confidentielle. Dans la même logique, La Fabrique s’est aussi rapprochée de l’école d’ingénieurs Esiee, à Marne-la-vallée, et de la business school ESCP Europe. Les élèves des trois écoles travaillent ensemble, dans le cadre d’un séminaire d’une semaine, sur les « produits de demain ».

Imprimante sur bâche grand format

 

Enfin, La Fabrique joue la carte de l’international. Elle va ainsi lancer un master « fashion production management », en anglais, pour des étudiants internationaux attirés par le prestige de Paris. Même stratégie pour la maroquinerie, afin de répondre à une demande croissante du côté de l’Asie.

La « rue commerçante » interne à La Fabrique

 

« Un secteur en plein« Nous sommes à l’aube d’une transformation majeure des métiers de la mode-habillement et du luxe, estime Chantal Fouqué. Ces activités deviennent des secteurs économiques majeurs, porteurs d’avenir. En France, la mode souffre encore d’un déficit d’image, notamment à cause des pertes d’emplois et des délocalisations. Mais une prise de conscience est en passe de s’opérer, et ces sujets commencent à intéresser vraiment les décideurs. Sans compter qu’il y a dans le luxe un problème de pyramide des âges, qui nécessite de recruter des jeunes. Il faut redonner de la visibilité à ces parcours et à ces métiers. » Reste à convaincre les candidats…

Lundi 27 septembre 2018